Budgéter un film : le poste équipe

L’objectif de cet article n’est pas de vous fournir un court exhaustif sur la rémunération des équipes de film, mais plutôt de vous donner un rapide coup d’œil sur la complexité du sujet et de mieux appréhender pourquoi un film peut vite coûter cher.

C’est parti pour la partie théorique !

La production d’un film doit se conformer à différentes obligations juridiques et sociales.

Selon la typologie de film et du code NAF/APE de la société, il faudra appliquer la convention collective correspondante.

En bref…

La convention collective nationale de la production cinématographique

La convention collective nationale de la production cinématographique, ses avenants et annexes sont applicables aux entreprises relevant respectivement des codes NAF :

  • 5911C – Entreprises de production de films cinématographiques
  • 5911B – Entreprises de production de films institutionnels et publicitaires

On entend par films cinématographiques de longue ou courte durée les œuvres devant faire l’objet d’un visa d’exploitation délivré par le ministre de la culture.

On entend par films publicitaires et institutionnels les œuvres audiovisuelles de courte durée dont l’objet est de faire la promotion d’un produit, d’un service, d’une marque ou d’une cause.

La convention collective nationale de la production audiovisuelle

La convention collective nationale de la production audiovisuelle, ses avenants et annexes sont applicables aux entreprises relevant respectivement du code NAF :

  • 5911A – Entreprises de production de films et de programmes pour la télévision

Il s’agit donc de la production de flux (fiction longue ou courte, documentaire) et de stock (émissions de divertissement, magazines, journaux, reportages) diffusée sur une chaîne TV ou web.

NB : ne pas confondre un film (fiction ou documentaire) de cinéma et un film (fiction ou documentaire) TV.

Le premier aura un parcours de financement et de production mis en place pour une première diffusion cinématographique. Par la suite, il pourra être diffusé à la TV ou sur le web.

Le second aura un parcours de financement et de production mis en place pour une diffusion TV ou web. Bien que cela ait déjà été le cas, normalement, un film TV/Web ne sera pas diffusé au cinéma par la suite.

Les complications

Cependant, la loi française n’est pas si simple et aime compliquer les choses.

Qu’il s’agisse d’un film relevant de la convention collective du cinéma ou de l’audiovisuel, pour certains postes il est souvent possible d’avoir aussi recours à d’autres conventions collectives comme :

  • La convention collective nationale de la production de film d’animation ;
  • Convention collective nationale des entreprises techniques au service de la création et de l’événement.

De plus, concernant les films publicitaires et institutionnels, selon les caractéristiques et le budget du projet, bien souvent les salaires de la convention collective audiovisuel sont appliqués afin d’avoir une masse salariale moins onéreuse par rapport à ceux de la convention collective cinéma ou autre.

Attention toutefois à bien respecter le cadre légal de votre activité et/ou votre activité principale.

Un peu de pratique

Par exemple, on veut faire une vidéo institutionnelle toute simple de 3 minutes max et on a un budget de 1 000€. Pour cela, on aura (toujours à titre d’exemple) 1 jour de conception-rédaction du scénario, 1 jour de préparation, 1 jour de tournage et 2 jours de montage. On aura donc au total, dans la chronologie, 4 jours de travail.

Sur les 4 jours on aura au minimum 4 à 5 postes à rémunérer :

  • La personne en charge de la conception-rédaction
  • La personne en charge de la préparation (travail du producteur)
  • 1 ou 2 personnes pour le tournage (j’entends par là 1 réalisateur + 1 ingénieur du son)
  • La personne en charge du montage en charge du montage

A savoir que le réalisateur sera aussi présent au montage pour superviser le travail du monteur.

On part du principe que c’est aussi le réalisateur qui va écrire et faire la préparation.

Je vais être honnête et directe… il est impossible (légalement parlant) de faire une vidéo institutionnelle pour 1 000€ quand on a conscience que cela n’est même pas le coût d’une journée de travail pour 2 techniciens expérimentés (charges patronales comprises).

A titre comparatif, le SMIC horaire en 2016 est à 9,67€ brut soit à environ 73€ charges patronales comprises et après déduction des aides de l’état pour une journée de 7h.

Pour 1 000€ de budget, on peut logiquement financer 14 jours de travail ; donc largement le double de ce que nous avons estimé dans notre exemple. Wouaw, c’est la fête ! Je marge à mort !… C’est ce que l’on peut se dire.

Mais rémunérer des personnes à ce tarif, c’est considéré qu’elles n’ont pas l’expérience requise pour un travail nécessitant un niveau cadre.

Un technicien audiovisuel expérimenté (niveau cadre) coûtera entre 200€ et 2000€ selon le poste. Et ces chiffres, ce sont les minimums de la grille des salaires de la convention collective…Donc, les très bons techniciens et les plus renommés sont potentiellement encore plus chers.

Je vais faire un calcul basique, on a vu que nous avions au mieux 6 jours à rémunérer au global.

Si je prends le coût le plus bas des emplois cadres de la convention collective, cela nous ferait 6×200€ = 1 200€.
Donc, nous dépassons le budget.

Évidemment, l’intégralité de l’exemple est totalement simpliste, car si l’on veut une prestation de qualité, il faudra :

  • une équipe un peu plus grande,
  • appliquer le bon salaire jour à chacun des postes,
  • si le projet le nécessite, rajouter des jours de tournage et donc de montage, de l’habillage musical, du graphisme, des comédiens, de la voix off ou doublage, etc…
  • sans parler de tout ce qu’il y a en plus dans un devis de film, c’est-à-dire, rajouter l’assurance, le matériel, le transport, les imprévus, les droits…

Nous sommes là pour vous aider, contactez-nous !

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2018-03-29T15:09:44+01:00Categories: Fiches Pratiques|